"Le gouvernement ne communique pas suffisamment sur les droits de l’enfant"

À l’occasion de la Journée International des Droits de l’Enfant, France Parrainages a pu échanger avec Adrien Durousset sur la condition des enfants aujourd’hui en France et le respect de leurs droits fondamentaux.

Adrien a été placé en foyer à l’âge de 4 ans. Balloté de foyer en famille d’accueil jusqu’à ses 21 ans, il est l’auteur du livre « Placé, déplacé – De familles d’accueil en foyer, le combat d’un enfant sacrifié» et livre un témoignage édifiant sur les conditions de vie des enfants placés au sein de l’Aide Sociale à l’Enfance.

Considérez-vous que les droits de l’enfant sont respectés aujourd’hui en France ?

Oui et non. On peut en effet dire que les droits de l’enfant sont respectés en France dans le sens où nous sommes dans un pays de droit, où l’on peut faire appel à un avocat et faire valoir ses droits devant la justice.
Cependant, le gouvernement ne communique pas suffisamment sur les droits de l’enfant. Les jeunes qui sont placés aujourd’hui n’ont pas assez d’information pour avoir accès à des avocats. Les services sociaux considèrent qu’ils sont l’intermédiaire entre la justice et les enfants, et de ce fait, ils font tout pour éviter que le droit s’installe dans l’Aide Sociale à l’Enfance.

Comment vous mobilisez-vous pour faire avancer la condition des enfants en France ?

Je me mobilise à travers mon engagement politique. J’ai ainsi adhéré à un parti politique où je rencontre beaucoup d’élus à travers des réunions organisées dans ma commune autour de la protection de l’enfance. Les élus que je rencontre prennent ce débat à cœur, j’ai par exemple rencontré le président du département du Rhône qui a été très sensible à cette démarche. Je suis davantage engagé politiquement qu’au sein d’associations car je pars du principe que le politique est plus à même de changer les choses et d’avoir un impact réel sur la société. Pour moi, l’associatif peut amener une discussion, avoir un rôle consultatif pour permettre aux politiques de prendre des décisions.

D’où vous est venue cette envie de vous battre pour les droits de l’enfant ?

Mon engagement dans la défense des droits de l’enfant est venu de mon parcours de « galères ». Durant mon enfance j’ai été laissé pour compte, seul aux mains de l’administration et je souhaite me battre pour que les enfants placés d’aujourd’hui et de demain ne subissent pas la double peine que subit un enfant suivi par l’Aide Sociale à l’Enfance. Ce que j’appelle la double peine, c’est le fait de ne pas être écouté et d’être rejeté. En effet, lorsque l’on est placé, on se sent rejeté du système, c’est du moins le ressenti que beaucoup de jeunes ont, et que je partage. Pour résumer mon engagement, je souhaite simplement que ces enfants aient une place dans la société.

Comment selon vous, peut-on faire avancer les choses en France pour que les droits des enfants soient mieux respectés ? Avez-vous des propositions ?

Pour faire avancer les droits de l’enfant en France, il faudrait commencer par mieux prendre en compte la parole de l’enfant en lui donnant plus de place. Les instances ont tendance à penser que la parole de l’adulte a plus d’importance que celle d’un enfant. Pour faire évoluer les choses, il faudrait également stabiliser le parcours des enfants placés, afin d’éviter qu’ils soient déplacés de droite à gauche, d’une famille à l’autre. La responsabilisation des parents est aussi un élément important pour permettre une meilleure protection des droits de l’enfant. Je souhaiterais notamment que les parents et les enfants souffrant de problèmes psychologiques soient pris en charge et soignés pour qu’ils puissent, à terme, retrouver un cadre familial.
Enfin, la création d’une instance indépendante de dialogue entre les élus et les jeunes participerait grandement à faire évoluer le débat sur la protection de l’enfance. Le but de cette instance serait d’avoir une réflexion sur des pistes de financement pour aider les jeunes et leur éviter de se retrouver dans la précarité. Il faut, pour faire avancer le débat, une réelle concertation, que tout le monde se mette autour de la table pour discuter de l’avenir des jeunes en France.

Considérez-vous que le parrainage de proximité mis en place par France Parrainages puisse être une réponse à la situation dans laquelle sont plongés des milliers d’enfants placés ?

Le parrainage affectif me semble en effet être une bonne solution pour désengorger les foyers et éviter aux enfants placés d’être confronté à la violence dès le plus jeune âge. Les liens familiaux sont très fragiles au sein des familles d’accueil ou des foyers, le parrainage permet au contraire à un jeune qui n’a pas de famille d’avoir quelqu’un à qui parler, de ses difficultés et de son avenir. Il serait intéressant que les départements mettent en place ce genre d’accompagnement, qui permettrait d’éviter les placements à long terme au sein de l’Aide Sociale à l’Enfance.

La nouvelle loi sur la protection de l’enfance a été votée en mars dernier, êtes-vous satisfait de cette nouvelle loi ? Pensez-vous qu’elle protège davantage les enfants ?

Cette nouvelle loi n’est pas spécifiquement autour de la protection de l’enfance, elle fixe plutôt un cadre concernant la stabilisation des parcours. Cette loi est axée sur le suivi administratif des enfants, ce n’est pas une loi ayant pour ambition de vraiment faire évoluer la situation. Pour protéger davantage les enfants, il faudrait faire en sorte qu’ils retrouvent un cadre familial, que les parents soient responsabilisés dans ce domaine.

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