Christiane Vautier, 22 ans d'actions auprès des enfants en Picardie

Christiane Vautier a endossé le rôle de Responsable de France Parrainages Picardie durant 22 ans. Fraîchement retraitée depuis janvier 2018, celle-ci livre un témoignage touchant sur les personnes qui ont marqué son parcours et l'évolution du parrainage de proximité au fil du temps.

Christiane Vautier, un engagement solidaire sur la durée

Avec vos 22 années au sein de France Parrainages, quels souvenirs gardez-vous de vos débuts? Qu’en était-il du parrainage de proximité ? 
En 1995, le Centre Français de Protection de l’Enfance, aujourd’hui France Parrainages, œuvrait autour de deux activités principales : d’un côté, il y avait les établissements et, de l’autre, le parrainage d'enfants. Le parrainage se distinguait déjà entre le parrainage France (que l’on appelle maintenant parrainage de proximité) et le parrainage monde (ou parrainage international). Le CFPE était composé d’une grande équipe mais il faut dire qu’en son sein le parrainage d'enfants en France se trouvait dans une position annexe, c’était le « parent pauvre », et il fallait se battre pour qu’il soit reconnu. Le parrainage de proximité se trouve à l’interface de l’humanitaire et du social et, en ce sens, son action était marginalisée par rapport à celle des établissements classiques. 
 
Au cours de ces années, vous avez dû croiser de nombreux visages, recueillir des histoires de vie, provoquer d’innombrables rencontres. Avez-vous senti, au long de ces années, un changement, une rupture, une évolution quant à la perception et à l’importance du parrainage de proximité ?
Depuis mon arrivée dans l’association j’ai connu des personnes qui, tout comme moi, partageaient une vision semblable quant à la solidarité, la lutte contre les discriminations, contre les inégalités, etc. Selon moi, ce ne sont pas les personnes que je croise qui changent au cours des années mais bien les institutions. En ce qui concerne le parrainage de proximité, une réflexion profonde a eu lieu afin de repenser ses pratiques, ses outils, son fonctionnement pour  qu’il soit plus adapté à la réalité sur le terrain. En effet, et au départ, le parrainage de proximité se pensait globalement comme une « annexe » à l’Aide Sociale à l'Enfance – les accueils se déroulaient obligatoirement un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires ; on ne faisait pas des bilans mais des réunions de synthèse ; on ne faisait pas des visites sur le lieu de vie mais des visites à domicile, etc. – et ses pratiques et outils étaient beaucoup moins souples et moins individualisés. A titre d’exemple, si un enfant n’était pas accompagné par un travailleur social, sa candidature au parrainage n’était pas retenue. De même, le parrainage de proximité ne se concevait pas comme expérience de soutien à la parentalité et son action ne se pensait pas hors du champ du travail social. Or, les réflexions menées ont résulté en un bousculement du sens même du parrainage d'enfant : une interface entre la société civile et le champ social. Ce virage s’est alors traduit par une appréciation du parrainage comme englobant tous les aspects de la vie de l’enfant parrainé, c’est à dire que son action ne se centrait plus uniquement sur l’enfant mais également sur sa famille, son environnement, son milieu. D’autre part, ce virage a également eu un impact sur les institutions liées à la protection de l’enfance dans le sens où celles-ci ont progressivement accepté l’idée que le parrainage, dans sa nouvelle conception, apportait une ouverture du travail social sur la société civile. 

Le parrainage de proximité et ses évolutions

Il y a quelques jours, nous fêtions les tout premiers jours de l’année 2018. Pour cette nouvelle année qui s’ouvre, quel est votre sentiment quant au parrainage de proximité ? Quel chemin souhaiteriez-vous pour ce projet auquel vous avez contribué pendant toutes ces longues années ? Avez-vous aussi des inquiétudes quant à celui-ci ? 
J’espère que 2018 sera une année où il sera possible, en Picardie, de répondre à toutes les demandes de parrainage. Les nouvelles offres de parrainages qui procèdent de cette volonté, énoncée antérieurement, d’adaptation aux réalités et aux demandes sur le terrain, visent ainsi, de par leur caractère plus individualisé, à répondre au mieux aux différentes demandes de parrainages et aux attentes des parrains et marraines qui peuvent s’engager de manière plus éclairée. Mes inquiétudes concernent, quant à elles, les restrictions budgétaires qui se profilent et l’impact que celles-ci peuvent avoir sur la disponibilité dans l’accompagnement du parrainage. En effet, l’accompagnement du parrainage nécessite du temps et de la disponibilité de la part des référents de parrainage car cela touche aux relations humaines. Il me semble ainsi qu’une des forces de notre action se situe dans une veille et écoute constante de nos parrainages qui donnent lieu finalement au tissage de liens bienveillants et réciproques qui aident à grandir et perdurent dans le temps. 
Enfin, s’il vous était possible de rendre compte du parrainage de proximité par une image, une histoire, une définition, quelle serait-elle ? Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ? Finalement, que pouvez-vous nous transmettre de ces 22 bougies soufflées au sein de l’association ? 
Un moment qui m’a extrêmement marqué a été celui de la fête d’anniversaire d’une de nos marraines, qui est tout comme moi dans l’association depuis 22 ans maintenant, et qui a demandé à cette occasion que chacun fasse un don à France Parrainages au lieu de lui offrir des cadeaux. Les dons réalisés ont ainsi permis d’organiser une sortie au Parc Saint Paul avec les enfants parrainés, leurs parents et leurs parrains. Par-delà les dons réalisés au bénéfice des enfants, j’ai été touchée par le fait qu’autour de la marraine, il y avait ses 4 filleules ainsi que leur conjoint et enfants respectifs : on voit bien que le parrainage relève bien plus que des seuls liens parrains/marraines et filleuls, impactant des familles entières et leur environnement. 
 
Je suis également très sensible, à titre personnel, à la fête organisée pour mon départ et qui va réunir de nombreuses personnes qui font ou on fait partie du voyage entreprit il y a 22 ans au sein de l’association France Parrainages. Cette fête sera notamment l’occasion de revoir des jeunes parrainés il y a une vingtaine d’années et cela me donne la conviction que le temps et la disponibilité donnés sont la clé du parrainage comme créateur de liens qui se gardent et perdurent. 
 
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